EDITO - Les Primeurs Café 2022

Angel Barrera, Directeur du Sourcing

Nous sommes arrivés à une nouvelle édition des Primeurs Café qui fait le bilan de presque une décennie d’organisation de cet événement où nous cherchons à vous raconter, amis torréfacteurs, l’histoire de notre sourcing de l’année, en utilisant ce moment de dégustation pour matérialiser tout le travail accompli pour arriver à ces tasses. 

Travail de nos équipes, mais surtout de nos producteurs, avec qui nous avons entrepris depuis plus de 10 ans l’odyssée de chercher à améliorer les tasses servies sur le vieux continent (et au-delà de nos frontières européennes).

Face à une augmentation du prix du marché international, de nombreuses questions se posent : les producteurs avec qui nous collaborons vont-ils respecter les prix que nous avons payés par le passé et maintenus pendant des années, qui, pour une bonne partie, étaient déjà supérieurs à ceux du marché actuel ?

Je pense que nous avons tous commencé la saison avec cette question en tête, mais peu à peu, d’autres réalités nous ont amenés à nous en poser de nouvelles :

Un prix élevé face à un marché bas (extrêmement bas depuis plus de cinq ans) est toujours intéressant pour n’importe quel producteur, et inversement, il le sera toujours moins quand le marché s’améliore. Il le sera moins parce que l’exigence de qualité demande plus d’efforts, mais ce n’est pas la raison pour laquelle un producteur ne respectera pas une relation de longue date comme la nôtre.

Les coûts de production dans les pays producteurs ont augmenté, tout comme le coût de la vie a augmenté dans les pays européens.

Le coût des engrais a triplé par rapport à l’année dernière, et cette hausse devrait se poursuivre en raison de l’invasion russe en Ukraine.

Certains pays d’Amérique centrale ont augmenté le salaire minimum dans les campagnes en raison d’un manque de main-d’œuvre. L’exode de la population d’Amérique latine vers son grand voisin du nord s’avère massif, ce qui signifie qu’il y a moins de main- d’œuvre disponible et que celle qui l’est doit être mieux rémunérée (ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle, soit dit en passant).

Face à la hausse des prix internationaux, certains gouvernements ont décidé d’imposer de nouvelles taxes sur le café.

ALORS POURQUOI CETTE AUGMENTATION DE PRIX ?

En plus de ces raisons, il est toujours utile de pouvoir analyser d’autres facteurs qui influencent la prise de décision d’un producteur lorsqu’il négocie avec nous.

De nombreux producteurs, par exemple, nous ont ouvertement fait part du pour- centage d’augmentation de leurs coûts de production (entre 20 et 30 % d’après eux), utilisant la hausse du prix international pour nous demander une augmentation des prix payés auparavant. Auraient-ils eu le courage de nous demander une augmentation si le marché était resté aussi bas que 130 cents de dollar américain/lb alors que nous payions presque deux fois plus ? J’aimerais le croire.

Pour donner un autre exemple, en Éthiopie, ce sont les autorités nationales elles- mêmes qui ont poussé les exportateurs à renégocier les anciens contrats face à l’escalade des prix, nous laissant dans de nombreux cas sans aucune juridiction pour faire appel au respect contractuel plutôt qu’à la renégociation. Dans notre cas, nous pouvons compter sur des relations de longue date, qui nous ont permis d’obtenir l’expédition de nos contrats dans les conditions que nous avions négociées.

Enfin, dans toute l’Amérique centrale, un champignon a provoqué une nécrose de la cerise. Ainsi, elles sont passées directement de vertes à pourries, sans passer par le stade intermédiaire de la maturation. Cela oblige les producteurs à cueillir les cerises même vertes afin de sauver au moins un produit à vendre sur le marché local, mais malheureusement il ne satisfait pas les exigences d’un café de spécialité destiné à l’export.

Selon les exploitations et les pays, nous avons observé des pertes allant de 20 à 80% de la production estimée. La question se pose : les prix des cafés de spécialité vont-ils retrouver les niveaux d’avant ? En tant qu’entreprise, nous préférons aborder cette question différemment.

 

Les prix que nous avons auparavant fixés à chacun de nos collaborateurs étaient- ils adaptés à leur réalité ?

 

En analysant notre secteur d’un point de vue individuel et local. Nous avons commencé à le faire en Amérique centrale en analysant le coût de production de divers pro- ducteurs, et nous cherchons à l’homogénéiser afin de pouvoir également utiliser l’outil en Amérique du Sud, en Afrique, et partout où nous achetons du café.

Nous sommes convaincus que l’avenir du café de spécialité réside également dans le fait que nous valorisons sa production dans son ensemble, plutôt que la seule tasse apportée. Elle réside dans l’impact réalisé pour obtenir cette tasse. C’est pourquoi nous nous lançons dans l’aventure des cafés nature au Kenya, dans l’accompagnement de la production de cafés biologiques dans des exploitations traditionnellement conventionnelles, nous parlons d’agroforesterie même avec les arbres...

 

Tous ces efforts de production devraient être rémunérés à leur juste valeur pour ce qu’ils représentent à hauteur d’une tasse, pour le travail du producteur et de sa communauté, mais aussi pour l’environnement dans lequel ils évoluent.

Nous espérons que vous apprécierez ce travail. Ce n'est peut-être pas un feuilleton à l’eau de rose, mais c'est à nous de faire en sorte qu’il ait une fin heureuse. Nous vous souhaitons une agréable dégustation de nos Primeurs Café.

BELCO

PRIMEURS

CAFÉS

2022